Un sain dialogue pour faire passer le sanitaire !

Jamais les salariés des pompes funèbres n’ont été autant dans la lumière qu’en 2020 et 2021. Pourtant beaucoup de salariés ressentent encore la considération marginale du gouvernement, malgré la communication de la DGCL. Le funéraire, visiteur régulier des EHPAD, CH et autres établissements de soins est dans un entre-deux pour le moins inconfortable sur les sujets de vaccination et de passe-sanitaire. Mais si les choses sont un peu complexes pour notre branche, cela n’efface en rien les enjeux de santé actuels et d’obligation de sécurité pour l’employeur.

D’abord un constat : des salariés sont divisés.

Il y a ceux, très nombreux, qui auraient aimés être intégrés dés le début aux distributions prioritaires d’EPI, aux dispositifs de vaccination prioritaire/obligatoire, aux dispositifs de garde d’enfants comme personnel prioritaire. Et c’est naturellement que les équipes CFDT continueront de soutenir ces demandes.

Et puis d’autres salariés sont dans un autre état d’esprit, particulièrement ceux qui n’ont pas connu les vagues de décès en Ile-de-France, dans le Grand-Est ou en Rhône-Alpes. En Nouvelle-Aquitaine par exemple, ou l’activité décès covid n’était pas démesurée, il y a plus de phénomènes de remise en question de la réalité de la dangerosité du virus, de défiance vaccinale, etc. Et ces convictions personnelles s’appliquent aussi chez certains employeurs, pouvant créer des conflits sociaux, notamment dans les très petites structures sans IRP, avec des comportements de mise au placard, et des stratégies de “diviser pour mieux régner”.

Reprenant une position de la fédération Interco CFDT sur les sapeurs-pompiers et les personnels soignants, nous avons, à l’occasion du CSE d’OGF, rappelé que “la CFDT est favorable à la vaccination, comme à toute mesure sanitaire qui permettrait de lutter contre cette épidémie. 

Pour autant, la fédération Interco CFDT alerte sur les risques de décisions précipitées et non concertées. Il faut garantir la continuité des services publics et pour cela, faire avec les personnels funéraires et pas malgré eux, accompagner plutôt que sanctionner. Les salariés du secteur funéraire ont largement démontré leur engagement tout au long de cette crise en assurant la continuité de l’activité dans un contexte qui les a particulièrement exposés.

Lors du CSE d’OGF du 26/08/2021, les élus CFDT ont regretté que le leader du funéraire n’envisage pas de Plan de Continuité d’Activité. Que fera l’employeur si plusieurs salariés ne sont pas à jour de leur passe-sanitaire et ne peuvent donc accéder aux établissements de santé pour réaliser sorties de corps et démarches administratives ? Quid de la préservation de l’emploi et de l’activité ? Quid de l’augmentation de la charge de travail sur d’autres collègues consécutive à un éventuel absentéisme ou d’un “refléchage” des postes de travail, même temporaire ?

Plus délicat encore : l’encadrement intermédiaire du groupe est toujours ponctuellement défaillant, refusant parfois d’accorder aux salariés la vaccination sur le temps de travail, n’initiant aucune discussion avec les services de Santé au Travail, arbitrant les situations futures des salariés (suspension du contrat de travail) avec confusion et autoritarisme avant même l’information du CSE…

Tous les acteurs de la branche (publics et surtout employeurs privés) doivent être clairs sur le sujet, créer les conditions du dialogue en informant et consultant les CSE, y compris pour les CSE de -50 salariés. Pour les employeurs des TPE, il s’agit de montrer la même pédagogie en réunissant les salariés, en faisant intervenir la médecine du travail et en envisageant toutes les solutions afin d’éviter la suspension du contrat de travail (CP, RTT, récupération…)

“Il faut que le dispositif de passe-sanitaire soit instauré en bonne intelligence avec les salariés concernés, par le dialogue et avec une procédure qui garantisse de ne pas conserver de données personnelles sur leur état de santé. Si des employeurs commettent des abus, ils devront être sanctionnés. Nous serons vigilants.

Laurent BERGER, Le Monde du 31/08/2021.